mercredi 5 novembre 2008

Le jour où j'ai été témoin d'un événement historique à Chicago

Deux jours après la victoire d'Obama, j'arrive à peine à me remettre de mes émotions, et de ma fatigue! Les deux dernières journées que j'ai passées ont été assez remplies, alors que j'ai notamment fait trois interventions à des émissions de radio et une autre à la télévision (je vous mettrai les liens pour aller les écouter sous peu). Hier, tout le monde voulait me parler et on aurait vraiment dit que Chicago était le centre du monde (ce qui n'était pas loin d'être vrai, car tous les yeux de la planète étaient rivés sur le résultat des élections).

Après avoir dormi un beau 13 heures la nuit dernière (j'avais du sommeil à reprendre, faut croire!), je suis maintenant prêt à vous écrire le compte-rendu de ma journée historique du 4 novembre.

Ceux qui ont vu mes quelque 50 photos que j'ai mis en ligne hier vont remarquer que ce sont les mêmes qui se retrouvent dans le présent billet. En fait, je suis en train d'écrire dans le même billet qu'hier, je ne fais qu'ajouter du texte entre les photos!

Alors, commençons.

Mon aventure électorale présidentielle a commencé pour de bon la semaine dernière, alors que j'ai entendu dire que Barack Obama allait tenir son grand rassemblement au Grant Park, en plein centre-ville de Chicago. "Wow, je ne peux absolument pas manquer ça!", que je me suis dit. Je me suis donc inscrit sur le site du Party démocrate pour espérer obtenir les convoités billets (environ 70 000 personnes pouvaient avoir accès au site privilégié). On devait avoir une réponse par courriel la veille de l'événement, soit le 3 novembre au soir.

Lundi soir, aucun courriel dans ma boîte de messages. Je me dis tant pis, je vais quand même me rendre au Grant Park demain et espérer voir quelque chose sur un écran géant.

Le lendemain, le grand jour J est arrivé. Je suis en train d'essayer de convaincre des amis de me suivre au parc. Mais peu sont friands, car on a annoncé qu'environ un million de personnes seraient présentes (il y en a finalement eu entre 200 000 et 300 000). Vers 17h, je vais vérifier mes courriels une dernière fois avant de partir lorsque j'aperçois un nouveau message intitulé "Wait list update: Your printable Election Night ticket". Quoi, dites-moi pas que c'est vrai? J'ouvre le message et je constate effectivement que j'ai un billet pour deux personnes pour le grand soir!

Étant donné que j'avais trouvé peu d'accompagnateur, je décide d'inviter mon coloc... qui est un Républicain convaincu. Oui, oui! Vous avez bien lu. J'ai invité un Républicain au party Démocrate. Haha! C'était ça ou je me rendais là tout seul. Mon coloc voulait quand même assister à cet événement historique et il a eu la gentillesse de me prêter son appareil photo professionnel (avec lequel j'ai pu prendre d'excellentes photos de loin, celles que vous verrez plus bas). Je lui ai toutefois dit de se tenir tranquille là-bas. J'voulais pas qu'il y ait de grabuge!

On se rend prendre le métro finalement vers 18h30. Bonne nouvelle, ce n'est pas si bondé. Par contre, dès notre arrivée au centre-ville, on constate que les rues sont remplies. Sur notre chemin pour se rendre au parc, les gens qui vendent des t-shirts, macarons, posters et autres articles à l'effigie d'Obama sont très nombreux. Vraiment, Obama est devenu une icône, voire même une légende, avant même qu'il ait gagné!



Je me sentais comme si j'allais à un événement rock. Comble du hasard, c'est justement au Grant Park que je suis allé voir le festival Lollapalooza cet été. Mais mardi soir, laissez-moi vous dire que l'ambiance était joliment plus électrisante.

Les gens étaient relativement calmes, mais on sentait tout de même quelque chose de spécial dans l'air. L'Histoire était à nos pieds.



On arrive finalement à l'endroit pour les "tickets holders" au Grant Park. Des centaines de personnes font la file. On se joint à eux. À peine quelques minutes plus tard, les portes s'ouvrent. "Super! Ça n'a pas été long!". Malheureusement, elles se referment quelques secondes plus tard, avant que l'on ait eu le temps de passer. Et là, il a fallu attendre un bon 20 minutes. On passe finalement les portes. Personne ne demande à voir nos billets. Étrange. On se rend alors compte que plus loin nous attend une autre porte. Là aussi on attend quelques minutes avant de passer.



Toujours personne n'a demandé à voir nos billets. C'est finalement à la troisième porte de sécurité (appelée "checkpoint") que l'on vérifie mes billets avec ma pièce d'identité. J'espère qu'il y a des gens qui ne se sont pas fait revirer de bord à ce moment-là, à la troisième porte! On pense alors que c'est fini et qu'on va entrer au parc. Eh non, il reste une quatrième et dernière porte. Et ensuite on entre au parc. Mon coloc me fait remarquer que nous n'avons pas passé à travers des détecteurs de métal. C'est bien trop vrai!


On se rend compte assez rapidement pourquoi. Afin d'éviter que la foule ne se compresse à l'extrême vers la scène, les organisateurs ont décidé de séparer le parc en deux. Nous nous sommes rendus compte que nous étions dans la seconde partie, assez loin de la scène. Et pas moyen de s'avancer, car une clotûre bloquait l'accès. Une fois cette déception passée, on décide d'aller se poster sur une colline du côté droit du terrain. Une très bonne décision, car elle nous permettait d'avoir une bonne vue sur la scène au loin, de même que sur l'imposante foule.


Sur le site, mis à part des stands de pizza et d'articles sur Obama, l'entourage du candidat démocrate avait bien pris soin de ne mettre aucune bière en vente, question d'éviter les débordements de joie... ou de colère.

La tente des médias


Les écrans géants retransmettent la diffusion de CNN. À chaque projection de victoire d'un État pour Obama, la foule crie. La plus grosse réaction survient lorsqu'on apprend qu'Obama a enlevé les États de la Virginie et de la Floride. Déjà vers 21h (heure de Chicago), on sent que le candidat démocrate s'enligne vers une victoire. Quelques minutes plus tard, les experts disent qu'il est presque impossible que McCain rattrappe le retard. Les gens dans la foule commence à s'exciter.


À 22h, on annonce officiellement que Barack Obama devient le 44e président des États-Unis, et surtout le premier président afro-américain de l'histoire du pays. Alors là, c'est difficile de décrire la réaction de la foule, car je n'avais jamais vécu ça. Les gens crient et sautent de joie à tout rompre. Voir une foule de 70 000 personnes en délire, c'est assez spectaculaire! Pendant ce temps, moi, je bascule dans un autre monde. J'ai vraiment l'impression de vivre un moment surréaliste. Je suis très heureux et content, mais d'un autre côté, je ne peux partager ma joie avec mon coloc. Eh ben coudonc!



22h15, John McCain prend la parole. La foule l'écoute silencieusement sur les écrans géants. Le candidat déchu livre un discours très respectueux et avec classe. Les gens au parc l'applaudissent. Il y a quelques tarés par contre qui, vers la fin de son discours, se mettent à crier "Na na na hey hey goodbye!". Pas mal déplacé, je trouve.


22h30, McCain se retire. Au Grant Park, on attend l'arrivée d'Obama avec impatience. Quelques secondes à peine plus tard, un vidéo est projeté sur les écrans géants. La chanson Fake Empire, de l'excellent groupe The National (qui avait ouvertement appuyé Obama) se met à jouer, dans une version instrumentale. On y voit un montage de gens qui disent qu'ils veulent du changement pour leur pays et qu'ils ont bon espoir avec cette élection. Alors là, j'ai des frissons qui me traversent tout le corps. C'est à ce moment-là précis que je réalise que je vis un événement historique, un moment dont je me rappellerai toute ma vie.

Le vidéo se termine dans un "climax" incroyable et on se dit qu'Obama doit monter à ce moment-là sur la scène. Eh non, environ 3-4 personnes sont montées prendre la parole au micro, dont un prêtre pour dire une prière, et d'autres gens dont j'oublie le nom. On a fait jouer l'hymne national, suivi du "Pledge of Allegence".

22h45, on aperçoit au loin, sur le boulevard Lakeshore, un cortège d'au moins 15 véhicules. Ça y est, Obama s'en vient!

23h, on annonce au micro. "Please welcome the First family of the United States".



Barack Obama s'amène sur la scène, avec sa femme, Michelle, et leurs deux filles. Les gens applaudissent à tout rompre.


Le prochain président s'amène ensuite au micro pour livrer son discours tant attendu.




Pendant environ 25 minutes, Obama livre un discours profondément touchant, sincère, vibrant. Tout le monde l'écoute religieusement. À la fin, alors que les gens répètent "Yes we can!", après chacune de ses phrases, je me sens vraiment comme à une messe, devant le Seigneur tout-puissant (était-ce un hasard que le pape ait livré une messe sur les mêmes lieux de Grant Park en 1979?).

Après avoir longuement salué la foule, en compagnie de sa famille et de son prochain vice-président, Joe Biden, Obama quitte la scène, probablement déjà pour aller se préparer pour sa nouvelle vie.


Moi je reste de nombreuses minutes au parc, prenant des photos à profusion. On dirait que je ne veux pas quitter l'endroit.


La foule commence à se disperser tranquillement. Mais un peu partout dans le parc, les gens continuent de festoyer.

En regardant au loin, derrière la scène où Obama a pris la parole, j'aperçois le Field Museum of Natural History. Je vous jure qu'en l'espace de quelques secondes, je croyais voir la Maison Blanche! Une illusion pour le moins appropriée, vous ne trouvez pas?


Vers minuit, je quitte le parc et je vais me promener dans les rues du centre-ville. Pas mal toutes les grandes artères ont été fermées à la circulation, et les gens sont nombreux. Tout le monde est joyeux et je ne vois aucun acte de vandalisme. Faut dire que les Républicains se faisaient rares! En fait, mis à part mon coloc, je n'ai vu personne de "l'autre clan". Aucune protestation.

Je me rends au métro et contrairement à ce que j'envisageais, les wagons ne sont pas énormément bondés. Faut dire que le CTA (système de transport en commun de Chicago) avait prévu plusieurs trains supplémentaires pour cette soirée-là. Alors ça circulait rondement. Malheureusement, je me suis réjoui trop vite, car mon train s'arrête pendant au moins 10 minutes entre deux stations, pour une raison que j'ignore.

J'arrive finalement chez moi vers 1h du matin. Fatigué, mais avec le sourire aux lèvres. En chemin, j'ai lu le message texte que m'avait envoyé mon ami Keaven à Montréal. "Tu es en train de vivre un des plus grands moments de l'histoire..."

Je crois que ça dit tout.

7 commentaires:

Theresa a dit…

Wow, those are amazing photos. Felt like I was there.

Were people fighting over a sign in that three-photo series? I couldn't tell what they were doing.

Raphaël a dit…

No, they were singing, dancing, celebrating! All in joy!

I've witnessed no fight yesterday, and no riot as well.

Everyone was happy! (maybe not everywhere in the country...)

Raphaël a dit…

How was people's reaction in New Zealand?

Stéphanie a dit…

Que d'émotions!

Laurent M a dit…

Vraiment chouette!

Sylvain a dit…

Tu sais, étant le père de trois enfants, une des craintes que j'ai (à part des garçons), c'est qu'il n'aie pas un monde idéal et qu'il aient à grandir dans un monde ou pauvreté, haine et guerre règne! Pendant un moment mardi soir, j'ai cru qu'a partir du moment ou CNN projetais la victoire d'Obama, ce monde allait devenir meileur!
À ce même moment, j'étais en-train de jouer au Poker en ligne sur OKERSTARS.com et à la table ou je jouais il y avait deux américains avec qui j'échangeais plaisanteries et on avait vraiment du fun. Qund CNN à fait la projection qu'Obama était virtullement imbattable et innevitablemnt prochain président des "USA" j'ai cru bon féliciter les deux américains présents...

Texte approximatif:
moi: "Congrats to americans who elected Obama tonight"

Joueur1: "Yeah right, now we have a black muslim as president"
Joueur2: "Yeah, now we're tne weakest country on hearth"

moi: "why don't you go burn a cross you losers"
Joueur1: "Maybe I will"

À ce moment-là sa réponse m'a tellement écoeurer que je suis sorti de cette table-là et j'ai même stopper de jouer j'en avais des frissons.
Je me suis rendu compte que malgré la joie du moment et la promesse d'un monde meilleur pour mes trois filles, il y aurait toujours ce genre d'imbéciles racistes ( et il y en a des très puissants dans ce genre-là ) qui allaient peut-être finir par tout gâcher! Et ma peur c'est qu'ils réussissent!

Good luck Barrack!!!!
Bonne chance les filles!!!

Raphaël a dit…

Ouais Sylvain, j'avoue que tu n'es pas tombé sur les bons adversaires! Ici à Chicago, c'était très difficile de trouver des anti-Obama (bon, à part mon coloc, mettons).

Oui c'est inquiétant de penser aux gens racistes qui se cachent un peu partout au pays. Et honnêtement, j'ai eu un petit flash pendant le discours d'Obama: "et s'il se faisait tirer drette là, devant mes yeux". Cette pensée m'a traversé l'esprit car on sait ce qui arrive quand des gens soulèvent des foules: Luther King, Kennedy, Lennon. Ils se font tous tirer.

J'espère de tout coeur que ça n'arrivera pas à Obama. Vraiment. Car si ça arrive, ça prouve qu'aucun progrès n'aura été réalisé.

Déjà avec la proposition 8 (qui interdit les mariages gays) qui a été acceptée dans 3 états cette semaine, je trouve qu'on a fait un pas en arrière.

Pourtant, on venait juste d'en faire un très grand en avant avec la victoire d'Obama.

Décidément, je ne comprendrai jamais les Américains.